Les flics c’est pas tous des E***, je les soutiens :

Publié le 03/06/2010 N°1967 Le Point
> >
> > « Le jour où on nous a tiré dessus »
> > Exclusif. En moins de deux mois, deux policiers tués. L’un par ETA,
> > l’autre par un braqueur. Dans les cités, ils sont systématiquement
> > caillassés et affrontent des jeunes de plus en plus violents. Depuis les
> > émeutes de 2005, un tabou a sauté : on n’hésite plus à « se faire un
> > flic ». Témoignage choc d’un policier pris pour cible. Tragédie. Aurélie
> > Fouquet, 27 ans, policière municipale assassinée le 20 mai, à
> > Villiers-sur- Marne, dans l’exercice de ses fonctions…
> > Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens
> >
> > Le 25 novembre 2007, Villiers-le- Bel s’embrase après la mort de deux
> > jeunes. Une trentaine de policiers vont être blessés par balles. Avant
> > le procès des tireurs, qui s’ouvre le 21 juin, Le Point livre le
> > témoignage d’un policier qui était en première ligne ce soir-là. Un
> > récit que l’on retrouve dans le documentaire « La police et Sarko »
> > diffusé le 8 juin à 20 h 35 sur Arte. « Tout à coup, il y a eu cebruit
> > sec, qui n’avait rien à voir avec les pierres et les cocktails Molotov
> > qu’on nous jetait dessus. Une collègue s’est plainte d’une douleur au
> > doigt. On a vu du sang couler de son gant. Elle s’est mise à pleurer.
> > Puis tout est allé très vite. Un autre collègue a senti une vive douleur
> > aux genoux. Quand il a retroussé sa tenue, il y avait du sang partout.
> > C’est à ce moment qu’on a compris qu’on nous tirait dessus. »
> >
> > Ce dimanche, en début de soirée, la Compagnie de sécurisation est
> > appelée en renfort. Cette force d’intervention rapide basée à Parisest
> > la vitrine de la préfecture de police, qui l’utilise pour sécuriser la
> > capitale mais ne l’avait encore jamais engagée en banlieue.
> >
> > Didier, 32 ans, fait partie de la compagnie « Bravo », qui, cette
> > nuit-là, va perdre la quasi-totalité de ses effectifs, 17 hommes sur 22,
> > tous blessés par balles. « Nous n’avionsjamais été appelés sur une
> > émeute. On est partis la fleur au fusil avec pas assez de balles en
> > caoutchouc ni de grenades lacrymogènes. On n’avait même pas le plan de
> > la ville, c’est notre capitaine qui devait nous guider par radio depuis
> > le PC. Comme ça passait pas, on a dû se débrouiller avec nos téléphones
> > portables personnels. Quand on est arrivés sur place, c’était Beyrouth.
> > Pour nous encourager, notre lieutenant, un ancien militaire qui avait
> > fait le Kosovo, répétait tout haut :  » On va leur montrer qui nous
> > sommes. » Plus tard, quand on sera pris sous le feu, il refusera de
> > donner l’ordre de repli.
> >
> > Une des premières images qui me reviennent, c’est une voiture de police
> > en train de brûler, encerclée par les émeutiers, et une jeune policière
> > qui appelle au secours. Elle hurle qu’elle va mourir. On parvient à
> > l’extraire du véhicule, avant de partir vers la station- service que
> > l’on avait ordre de protéger coûte que coûte. Une centaine de jeunes
> > nous canardent avec des cocktails Molotov et tout ce qu’ils ont sous la
> > main.
> >
> > C’est à ce moment-là qu’on nous tire dessus. Le tireur est à une
> > vingtaine de mètres de nous, caché derrière un bosquet. Il n’a pas plus
> > de 17 ans. Il veut se faire un  » keuf « , il sait qu’il a entre les mains
> > un fusil à pompe, une arme pour tuer. C’est comme dans un film de
> > guerre. Les collègues de la première ligne tombent les uns après les
> > autres. Le major est touché à l’épaule. On évacue les blessés vers
> > l’arrière en les traînant. A cet instant, un policier a sorti son
> > revolver et l’a pointé vers le tireur. La collègue à côté de lui est
> > intervenue, elle a mis sa main sur son bras pour lui faire baisser
> > l’arme. Quelques minutes plus tard, la collègue est touchée à son tour.
> > Il a fallu la transporter d’urgence au CHU de Gonesse, où des émeutiers
> > ont essayé de lui faire la peau. Un crevard qui avait été blessé a su
> > qu’il y avait un flic. Il a appelé ses potes. Heureusement, le service
> > de sécurité de l’hôpital a eu le temps de la changer de chambre. C’est
> > un homme de la compagnie qui, après ses heures de service, a monté la
> > garde toute la nuit devant la porte.
> >
> > Tirer, j’y ai pensé. On y a tous pensé. Mais la peur de perdre son
> > boulot de flic l’a emporté sur la peur de mourir. Nous sommes formatés
> > pour ne jamais faire feu, même en légitime défense. On préfère que les
> > policiers se fassent tirer dessus comme des lapins. Mais, un jour, un
> > policier va riposter. C’est inéluctable. En face, c’est de plus en plus
> > violent, ils n’hésitent plus. Maintenant, quand on nous envoie en
> > intervention, on a l’impression qu’on part à la guerre. On ressemble
> > plus à des marines qu’à des flics. On a deux Flash Ball, des grenades
> > antiencerclement, le casque lourd, les jambières…
> >
> > En fait, on a perdu la guerre contre la délinquance. Les gens réclament
> > de la sécurité, mais personne ne veut d’une police qui ose. La plupart
> > des émeutes s’arrêteraient net si on agissait de façon plus musclée.
> > Mais la peur de la bavure paralyse les ministres de l’Intérieur. Quoi
> > qu’il fasse, un flic aura toujours tort. Pour tous, les flics sont des
> > salauds, des cogneurs, des alcooliques. Dès que tu es flic, tu deviens
> > infréquentable. Les seuls qui te comprennent, ce sont ceux qui t’aiment
> > : ta femme, tes parents, tes gosses. Quand un type t’insulte, te rit au
> > nez ou même te crache dessus juste parce que tu portes l’uniforme de
> > policier, parfois ça part en vrille. Par exemple si ton gosse a pleuré
> > toute la nuit. Après, il y a les choses inexcusables comme les
> > opérations punitives… A force de subir, certains passent du côté
> > obscur de la force.
> >
> > A Villiers, on s’est servis de nous comme de chair à canon. Lorsqu’on
> > nous a rapatriés au poste de secours, certains étaient touchés aux
> > jambes, à l’épaule, un autre avait du plomb dans les testicules. Nos
> > officiers ont filé au débriefing et notre commissaire est rentré chez
> > lui. Nos familles ont dû appeler elles-mêmes les hôpitaux de la région
> > parisienne pour savoir où nous étions. Le lendemain, ceux d’entre nous
> > qui n’avaient pas été blessés ont été renvoyés au front, la peur au
> > ventre. On était écoeurés, on a même pensé organiser une conférence de
> > presse, mais notre hiérarchie nous en a dissuadés.
> >
> > Pour acheter notre silence, l’administration nous avait promis 600
> > euros. Puis c’est devenu 300 euros pour les blessés uniquement, qui,
> > finalement, ont perçu la somme en bons-cadeaux. La Compagnie de
> > sécurisation a été reçue en grande pompe à l’Elysée. Sauf notre
> > lieutenant, qui nous avait conduits à l’abattoir. On avait dit qu’on
> > boycotterait la sauterie s’il nous accompagnait. Sarkozy nous a
> > félicités pour notre sang-froid. Il s’est adressé personnellement au
> > policier qui avait sorti son arme, en lui confiant que, s’il avait tiré,
> > il aurait été obligé de le sanctionner.
> >
> > Malgré les cauchemars, on a tous refusé de voir un psy. Dans la police,
> > tu ne peux pas avoir confiance en eux, certains vont baver à la
> > hiérarchie. On a essayé d’exorciser le mal entre nous. Au cours de
> > nuits, de week-ends entiers, parfois à grand renfort d’alcool. Et puis
> > le dégoût l’a emporté. Aujourd’hui, entre nous, c’est un sujet tabou.
> > Certains vont aller témoigner aux assises le 21 juin, mais ils ne diront
> > pas tout. C’est pour ça que je parle. Désormais, je ne dis même plus que
> > je suis flic. Je dis que je travaille dans un bureau. Et quand il y a
> > une émission sur la police j’éteins la télé. »
> >
> > Bonne lecture
> > Fred MEREAU
> > CORG ARRAS.

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